jeudi 17 juillet 2014

Tue-dada !


Ce qui empêche le poème d’être lu : le temps de la répétition et de l’imprégnation. 
Devoir assigné au simili poème : bouleverser immédiatement, prendre à la gorge, émotionner, commotionner, plutôt qu’attendre, qu’entendre. Deux instants. Deux pauses. Reprenons. Souriez. Sauriez-vous dire un poème ?

"Il revient des lots de mots dans le dos, etc."
"Par les villages, j’ai suivi la trace du veilleur qui dépose l’aube, etc."

Rien n’est neuf, rien n’est révolution. Ou tout au plus, le sang et la confusion.  Mais pas de progrès. aucun, jamais. Les mots, la polis sont des grands-pères puants, oubliés, puis retrouvés bébés baveux des siècles plus tard. Cracheurs de glaires, morveux, merdeux, ils se croient neufs et nous les croyons purs et vierges, avant que leur haleine de vieux pestilentiels ne revienne nous souffler les vers vieux les slogans la harangue la haine.

Alors si nous sommes poètes vraiment, nous ne pouvons faire autrement que parler pour nous, trop honteux à l’idée d’être lus. Et ce n’est qu’en cachant la poésie au plus enfoui des enfouissements que pourront naître, pour une seconde, la nécessité d’un poème, et les yeux des gens.

lundi 3 mars 2014

La nuit d'aspic

La nuit d’aspic, la louve, la mare d’astringence : laquelle compte ?

Le texte est la naissance de l’autre espace, le commencement des résonances, qu’elles s’épanouissent en fragments, qu’elles charpentent le temps nouveau.


Cela posé, par quel biais le mot et le sens pénètrent-ils la résine de l’âme, se fondent-ils dans la sève de l’être ? 
Est-ce le spectaculaire, l’impressionnant, le sang chaud du poème, la grandeur de l’esprit, l’hugolien ou l’héroïsme de l’insignifiant, de ses marelles invécues, minuscules.
Entre les possédés et les saints. 

mardi 1 octobre 2013

Dents de sabre

Poésie en cristaux,
dent de tigre, ombres tracées 
comme au crayon de bois.

Poésie comme agrégat de mots 
entendus et rapportés d'autres
souffrants ou tremblants.

Poésie en dent de sabres, ombragée par degrés,
pointue,
à la fin de la nuit transperçant le sable.

dessin Josèphe

jeudi 5 septembre 2013

Espace n°2

La verticale monte et descend. Il n’y a qu’à tendre la tête pour jauger la distance qui sépare le haut du  bas.
Je suis venu ce matin, à l’appel du loup, j’ai préparé mon visage et mes qualités alignées.
Face à moi, là-haut, la liste est sans surprise, je trouverai la suffisance ou l’aménité, la fausseté ou la compassion.  
La structure ne connaît pas l’opaque, tout est ici fait pour qu’on y voit  comme en plein jour, et sans entrave, du squelette au moindre animalcule de personnel courbé sous le poids d’une charge à horaires fixes. C’est le fruit de l’époque, le monde qui veut cela. Entre les arcs de métal consciencieusement peints de blanc, les vitrages les plus clairs et les plus larges qui soient ouvrent le champ à toutes vues. Et l’illusion du jour et de l’air place l’endroit au-dessus de tout soupçon.
Dans quelques instants, je passerai de bas en haut par un sas à peine plus grand qu’une boite. L’ascenseur lui-même est transparent.
Défense de se jeter un dernier regard.
Tenu de regarder au loin pour ne pas perdre la face.
Le conscient des mots se retire calmement de moi,
L’idée que chaque employé me regarde m’élever souffle l’écume de moi,

Un nuage a fondu au soleil, c’était tout ce qui restait d’obstacle, je regarde la lumière envahir pour de bon tout l’espace, pas un recoin qui ne soit inondé, partout, oh les villes épuisées. 

mercredi 4 septembre 2013

Espace n°1


La liste est achevée. Que manque-t-il ? Une fin ? Un pays ? Le fond d’un verre avant la nuit ?
Tout a commencé par une demande claire, je veux dire une composition sensée, bien agencée, d’un mot à l’autre ainsi que des pas japonais.
Nous marchions depuis longtemps et nous avions, jusque là, chanté bien haut les airs qui nous venaient. Tous les paysages et les montagnes et les vallées, tout se tenait entre nos paumes et le sang dans nos pieds. Un espace moins clos qu’il n’y paraissait.
Atteignant les limites du jour, l’heure était venue de franchir le ruisseau. Le cours de l’eau avait enflé du printemps, jusqu’aux cuisses, et le courant poussait trop fort, tu étais trop petite. Il fallait prendre garde à sauter chaque pierre sans glisser, pour toucher l’opposé de la rive.
Tu me disais passe le premier (mais au milieu du gué) que reste-t-il à vivre ensemble dans l’espace du monde ?
Je te disais Que manquait-il ? Peut-être un peu de tout ? 
Un homme, un temple, une cité ?

Non, je parle d’ordre, de lacs, de détails nets et fiévreux sur les pieuvres et les baisers

vendredi 23 août 2013

Contentement

En se regardant dans la vitrine, puis dans la suivante et la suivante encore, son corps lui semble plutôt bâti, plutôt apte à attirer l’œil et l’intérêt, c’est selon, le teint, les infimes caractères déformants du reflet, la distance entre lui et la surface miroir. Avant que la rue ne s’achève, il se sera fait une idée précise de son image du jour. Il n’est pas loin de penser à mi-route que ce mardi lui est favorable, tant l’allure de son pas prend ses aises dans ce pantalon de toile claire, tant la barbe qu’il a décidé de conserver ce matin trouve un prolongement évident dans le tombé de sa veste. Il accroche quelques regards, il est bien, il porte fier, il se sent pousser des ailes et le pigeon vise juste entre les deux oreilles. 

mercredi 21 août 2013

L'imitation

Quelques matins, la bobine s’enroule, formant de son unique fil, couche sur couche, un corset vert et luisant. Elle se lève, nous regarde, semble absorber nos visages, ses yeux absents ne l’empêchent pas de nous voir.
La bobine se dresse puis s’allonge aussi vite en forme de jetée poussée sur le devant de la mer, la cale. Elle se relève d’un coup net et nous la perdons de vue. La bobine est l’enfant d’entre elle et moi.
Nous la savons absente la majeure partie du temps, mais quelques matins, celle qui, les veilles au soir (nous ne nous couchons pas si tôt) n’était qu'un tas de laine hérissée de filaments, reprend sa place dans la famille, tombant des escaliers pour nous rejoindre plus vite, ou sautant des fenêtres pour nous semer, par jeu, perchoir, chat perché.
La bobine, ma chère Adélaïde, corset sur un tube cartonné ; cartonné, entouré du long fil de laine. Que ta mère depuis lors déroule dès qu’elle retrouve trace de toi aux abords de nos ombres.