vendredi 19 avril 2013

Au père

Sur les rives indécentes du dire et parfois du pleurer
Sur les boucles des cheveux tombés, tombant, comme feuilles mortes,
Comme ramassées à la pelle
Sur les aires carrées, planes ou immenses, sur les plains-chants d’abbaye

Les chants qui l’accompagneront, y aura-t-il tout ça, encore à soupirer, à se séparer, se retrouver, se séparer, se retrouver, racornis et maladifs, soupirés du grand monde où l’on se nommera à tour de rôles, désirs, fils, père, grand-père, souvenirs, oubli

mercredi 9 janvier 2013

Les lettres doubles

Casseur de vin. Rouge. Comme immédiat.
Deux lettres jumelles. Doubles et doublées. Doublures de ce qu'on ose à pesanteur, écrire.
Dès aussitôt que la pesanteur retenante a fini de lier, nous, je replonge dans l'immense activité que de vivre, de se lever et de parler à nouveau, d'écrire, d'écrire pour celle qui ne tarde pas, mais veille pour moi qui cueille.
Dans les cercles rompus, sur les marches qui grimpent, vers Béatrice, vers Amatride, Andromaque, vers Camille, la figure réimagée dès lors que sur scène tu parais pour me remettre à flot.

Dès qu'un peu de vin cassé par le fond des hauts tout là haut de l'ivresse commençant à peine tu livres et délivres l'enfant venant.
Passée l'odeur astringente des rimes, regarde les bateaux perdus, les seize marins lâchés en mer pleine, l'Iroise, je t'aime comme après tous les vins bus, après tous les minéraux caillouteux, ils craquent sous une et deux et trois et quatre semelles amoureuses de t'aimer plus qu'un rivage, plus même qu'un souvenir.
Te rends-tu bien compte?

Et bien ce ne serait qu'un début.
Si tout aurore, tout champ, tout embrasement christique, tout souvenir nous revenait d'un coup à la surface, au premier jour.
Ecrire l'incapable souvenir de ne savoir rien encore, avant toi, avant la vie, avant l'incendiaire vin cassé de nos bouches fertiles.

mercredi 14 mars 2012

Bougies de branches

L'étendue et la rayure des branches dans le soir
c'est ainsi qu'on passe les bornes
qu'un nouveau siècle s'ouvre
Le jour sépare
l'étendue, d'ici ou là
je n'ai pas dit mon dernier mot



mercredi 30 mars 2011

Passé le rivage

D’étranges corsets de mousse emprisonnent la pierre depuis que mars de verre a décidé de clore l’hiver.

L’évanoui, à la surface verte des eaux, se laisse flotter entre l’eau pale et l’azur

Des masures, des chaines de port, des marais asséchés.

A qui viendrait l’idée de revenir avant l’été dans les écoulements nauséeux de la terre

Sinon mes enfants près de moi. Ils entouraient hier matin encore le bon Jésus de tout leur cœur ultramarin.

Pétris des glaises violentes, de l’argile de ton ventre, ces petits anges en bottes faisaient avec leurs doigts sablés des chapelets de coques pour que nous puissions prier ensemble les infinis baisers de toi

Tombant les uns sur les autres en rire puis en pleurs je voudrais bien parfois que mes colères aient ressemblé aux leurs.

Nous marcherons ensemble à peine plus d’une heure avant que la pluie, décidément, ne nous pousse à quitter l’extérieur.

Les mains petites et minuscules passent une à une la paume et puis les doigts sur les lichens rêches du rivage. Et passé le rivage il restera peut-être une de celles là pour écrire un peu plus loin que moi

mardi 28 décembre 2010

Jéricho

L'onde riche des milliers d'aiguilles dont l'ondée cliquetante l'inonde
Sur le grand bassin charnel qu'aucun vent ne dérangeait jusque alors
Voilà qu'un peu d'air s'invite à la gymnopédie lente et triste, un peu
De remous qui soulèvent et abaissent le giron brumeux

Nous étions debout à contempler le temps à peine changeant
Nous étions seuls et je te gardais dans mes bras
Tu étais l'enfant que j'avais eu de toi

Tout paraissait un lac d'automne sur la mer laissée au bercement des notes
La roche était un ajonc
C'était le matin et j'entendais le réveil des hommes s'annoncer calmement

Le paisible matin où je prenais ta main pour te la demander

Il aurait lieu mille fois dans le froid adonnant de ce vent
Qui ne trouvait d'égal bleu que le tien

Agitations invisibles
Au paisible lever d'un jour que ces mêmes enfants viendraient reprendre tôt ou tard

Nous aimions ces bruines fugaces et ces grands belvédères
Parce qu'ils semblaient prières à nos sommeils finissants
Ils étaient sarments, rameaux des vins à venir
Et de ceux que nos bouches entre elles savaient seules sentir

Douce Jéricho marine
Sous le niveau des mers nues
Nous avions trouvé notre place, émus
Elle se goûtait comme on goûte la myrte
D'une chair jamais rassasiés
Il pleuvait des heures belles (c'était l'amour)
Toi qui aimais te lever tôt
Moi qui mordais tes genoux
Les voiles, les voiles dont tu jouais la marée
Entrant vers l'autel les matins embaumés
Où les lacs ressemblaient à la mer
Et nos mains à des bruines de Dieu

vendredi 14 mai 2010

Et alors...

Mercredi moi les choses que l'on ne dit jamais
jeudi c'est encore trop bleu pour se croire vivant
Les jours, des enfants finiront leur chocolat dans le noir du matin aux yeux lourds
Et ma vie sera à moi dans la brume où je les tiendrai par la main.
Une rue à traverser.
Rien ne sera plus simple que le vendredi qui sentira déjà les terrains verts, la foret, la mer, les océans qu'ils auront plein les yeux avant que de naître.
Rue de midi pour rentrer. L'odeur de la cuisine déjà tout autour de leurs petits nez à moucher.
Qui serai-je ? Un temps

vendredi 7 mai 2010

7 mai

Mil d'or et terre de chez moi ne s'affrontent pas.
Ils se cherchent et s'unissent parfois quand j'entends que tu me vois.
Semailles de mai quand Paris me passait tout à côté.
Je l'aimais encore cette ville
Même perdu là où il fait jour en pleine nuit.
La chaleur au dedans de moi quand je ferme les yeux
Il me semble dormir blotti contre toi blottie
Sous une pluie de reine
au marché des Lys
en attendant juin.

Homme, voilà bon travail que de voir toujours plus loin
En gardant sous tes paupières tous les tableaux de ta vie.
Les ancres, toutes les balises patiemment posées sur les routes.
Tu en reverras certaines, devenues mères, devenues veuves
Mais bien à toi
T'attendant
Préparant le veau gras
Si le jour du retour venait à passer.

Les dates du monde commencent en mai,
Marches odorantes pour atteindre l'août marin
Les pères et leurs filets
L'amour si lui prenait l'idée d'à nouveau se lever.

Paysans, marins,
Semailles de mai,
Carêmes et Pâques,
Tout ce qui sonne ton nom.
Pour nous ramener, si l'espoir le permet.