mardi 25 juillet 2017

Mer de sel

À la dévente, aux coups de tabac, aux roches, à la gîte 
Sous le regard cyclope du phare en brumes  
Je tombais, je suis tombé
A la mer,
A la bouée coulée

À mille lieues sous la mer
Le sel de ta bouche exhausse le niveau des océans
Pétrifie
Sanctifie
Ressucite 
Venue
Feu
J'aime tes seins, j'aime tes baisers sur la langue allumée

Nous sommes le sel
Nous sommes
Les talents enfouis, les cités dérobées, 
Les airs de flûte qu’en la nuit celte
Le ventre d’Edinburgh fait ricocher. 

Sacré par toi, sous l'ohé des derniers souffles, je suis.
Je deviens, sans ta foi, le regret d'être encore toujours là
Me demander, sans même défier le vent,
Qui se cache sous le roc,
Du poème ou du linceul.

jeudi 29 juin 2017

Silhouette en tailleur d’indien,
Pas âme qui vive sur la terre d’Arnhem
Et pas un souvenir qui vaille
La peine qu’on s’est donné à les retenir entre les doigts
Quand un jour plus un jour transformait tout en or
Le bout des doigts comme la pointe du cœur.

Sur la terre rouge, cloche du matin et cloche du soir
Devoirs rendus et juin finissant
Les braises jetées au ciel ne deviennent pas comètes
Et les rêves en bouteilles n’arrivent pas au port
Il y a loin de l’aube à l’aube.

J’y reviens toujours, à ces jours sans efforts
A ces jours suivant le premier jour
Moi, devenant soleil et lune aux yeux des astrées belles
Comme un amour qu’elles garderaient pour le chagrin
Plus tard, si rien ne dure
Que le souvenir d’être, les mains serrés, passés par là.

vendredi 12 mai 2017

Petit cuivre

Sur le givre, tes doigts font l’escargot. 
M’emmèneras-tu au bord de l’eau ? 
Petit cuivre, alliage de nos poignets de bronze.
Au soir du belvédère,  
Je le savais déjà,
Les sœurs vivaient déjà.
Promesses au bon Dieu, une rousse, une blonde.
A ceux qui me savent encore, je donne 
les vertiges nouveaux des dos d’âne 
et tes fragments de voix à s’entendre dire petit, 
tout petit papa.

mardi 31 janvier 2017

Argos, migrant

A la lisière, les milliards d’aiguilles de pin, sol de pin,
Coiffent les dunes en front de mer,
Donnent à l’air son air inspiré.
Midi au clocher
La chaleur terrasse,
Les derniers bains de mer glanés avant le déjeuner.
Rêves d'étreintes blanches sous ma langue de sel,
Moi, l’ogre noir, je dévore la Crète vierge de mes dents d’Aboubakar.

Je n’entre pas dans la pinède éteinte,
Peu importe ce qui m’attend, je lui tourne le dos,
Reste devant la mer à compter les moutons, les compagnons et les marins d’Ulysse.

En chantant, parce qu’on chante toujours, ou bien rires ou bien pleurs.
Chante ! J’ai bien tenu des mois, je tiendrai bon jusqu’à demain.

Que le grand Kraken me croque, je n’étais qu’un marin d’eau douce avant d’être Énée.
Et né en une nuit, accouché à la grand’Mer, sous les plafonds de météores et d’Argos.
J’ai tenu bon, j'ai porté le ciel, accroché la surface,
Aspirant à pleins poumons les étoiles et les puces de ma mère.
Tout a péri, Homère, Diop et Touré.

Assis sur le rocher de miel
Ô terre d’abondance, Melita
Loin, le lait malté des mamelles lourdes de l’Afrique.
Didon, Reine de Libye au chant de sirène, aux seins de crème,
Ne m’a pas attendu au port,
Ni Circée, l’âme noire.
Personne ne m’attend, moi, dernier corps, dernière âme, moi, noir comme un noyé.

Entre lisière et mer morte,
Je laisse derrière moi la forêt de pins,
Pour regarder flotter les moutons noirs 

Cadavres du désastre
Pas de forêt, pas de bois,
Pas d’autres nuits

Pas de noms, pas de chanson,
Pas de tombes, pas de limbes
Pas de beauté, pas de retour, plus de frères, 

La Mer est devenue Reine des Aulnes 
Cueillant les enfants dans leur barque de pin
Je
Suis
Le
Dernier corps de la dernière nuit de la dernière odyssée
J’oscille là sur mon rocher de miel, petit cormoran, soldat inconnu.

Le monde est un naufrage
A la lisière des engloutis.

vendredi 30 décembre 2016

Porte de la Chapelle

Tu as devant toi la nuit, là luit devant toi la liberté, aimantée par les constellations boussoles.
Dans cette barque, le café chaud des terrasses à venir est encore un peu salé. 
Qu’une question de jours, qu’une poignée d’heures.
Un rivage, un hélicoptère.
L’urine et le sang dérèglent la pudeur mais réchauffent les pieds quand même.
Le téléphone, tu le tends au plus près du ciel, pour attirer les satellites, édifier un phare, Alexandrie, entre la lune et la mer, ou que Dieu jette un œil à bord.
Et coincé entre tous ces corps pas encore morts, il ne reste qu’un trou, un petit trou pour regarder là-haut, ô merveilleux belvédère.



jeudi 29 décembre 2016

Septentrion a un an

Nos têtes blondes et leurs yeux grand bleu, 
en apnée, mais en train de couver, 
mes mots mes mots
Je les laisse chauffer à feu doux
Ce n’est que souffle inspiré à plein poumons depuis des mois.
Mais tu vois, je t’écris

Depuis que tu es là
toi nom d’Inuit, voyage à l’Alaska, bras tendus
maman maman
tu m’appartiens comme on enserre les astres.
Le ciel est une houle que je n’ai pas voguée depuis tant.

Nord magnétique -> les chemins noirs et la disparition des bulletins longues ondes.

Dimanche soir, en guise de conte, à 20h03 : Iroise, Mer d’Irlande / Brise de noroît / Mère peu agitée à agitée. 
Je te les dirai.
À tes un an, à tout ce que tu rêves, à nous que tu as réveillés aux quêtes froides et vitales de
l’Orion à Thulé.  

jeudi 10 décembre 2015

quote

Lisa !! Rappelez-vous donc le spectacle qu’offrait l’humanité ! La culture ?! : un homme sur mille était porteur de culture ; un sur cent mille créateur de culture ! : la moralité ?: hahaha !: que chacun examine sa conscience et prétende après cela qu’il n’est pas mûr pour la potence ! Elle approuva d’un signe de tête, immédiatement convaincue. « Ah oui ; la boxe, le football, le loto : là les guibolles s’activaient ! – Et pour les armes, ils étaient champions ! » - « Quels étaient les idéaux d’un jeune homme : coureur automobile, général, champion du monde de sprint. D’une jeune fille : star de cinéma, "créatrice" de mode. Des hommes : être propriétaire d’un harem et devenir directeur. De la femme : l’auto, une cuisine électrique et qu’on l’appelle « Madame ». Des vieillards : homme d’État -»  L’air me manqua.

Arno Schmidt - Miroirs Noirs